Re2020 : en route vers le bâtiment durable ?

RE2020 - vers un bâtiment durable

Le bâtiment fait partie des grands gagnants sur le devant de la scène des pollueurs. Pour cause, la manière dont nous les construisons, les matériaux employés, les énergies utilisées, et le manque de structuration autour de la limitation des déchets ou de la réutilisation des matériaux en fin de vie.

Nous devons apprendre à vivre autrement et à consommer autrement, et cela passe inévitablement par nos bâtiments. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en France et préparer les bâtiments aux futures canicules, Barbara Pompili, Ministre de la Transition Ecologique, et Emmanuelle Wargon, Ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition Ecologique, chargée du Logement, nous font part de leurs annonces pour la nouvelle Réglementation Environnementale 2020 (RE2020).

1. Petit rappel historique

  • 1974 : 1ère réglementation thermique qui a vu le jour suite au premier choc pétrolier et avait pour objectif de baisser de 25% la consommation énergétique des bâtiments.
  • 1982 : réglementation thermique induisant une réduction de 20% de la consommation d’énergie des bâtiments par rapport à la RT1974.
  • 1988 : réglementation thermique impliquant des exigences de performances minimales de l’enveloppe et des systèmes du bâtiment.
  • 2000 : réglementation imposant l’exigence d’un nouveau critère : le confort d’été via le coefficient TIC. Par rapport à la RT1988, elle a pour but la réduction de 20% de la consommation maximale des logements et une baisse de 40% des bâtiments tertiaires.
  • 2005 : réglementation RT2000 augmentant les exigences de consommations et des gardes fous. Elle réduit de nouveau la consommation d’énergie de 15% des bâtiments neufs et des extensions.
  • RT2012 : réglementation en vigueur jusqu’à l’été 2021

2. La RE2020, en bref !

De la même manière que la RT2012 s’était grandement inspirée du label Bâtiment Basse Consommation (BBC), la RE2020 se base sur l’expérimentation E+/C- (Energie positive, Carbone négatif) favorisant les bâtiments à énergie positive et la réduction de l’impact carbone.

 Pour en satisfaire certains, et déplaire à d’autres, la RE2020 prend en compte de nouveaux critères clés :

  • Energie sobre et décarbonée : le recours aux énergies fossiles est aujourd’hui majoritaire dans certaines typologies de bâtiments. Pour répondre à l’urgence climatique, il est nécessaire de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre et d’inverser la tendance en encourageant la neutralité carbone.
  • Impact carbone : mesuré au travers de l’analyse du cycle de vie du bâtiment, on s’intéresse désormais à toutes les grandes étapes d’un projet : construction, fabrication, transport, démolition, recyclage, … Cette étude multicritère qualifie les indicateurs d’impacts primordiaux sur l’environnement comme les déchets, les effluents atmosphériques, la revalorisation, …
  • Confort d’été : alors que le changement climatique se fait de plus en plus rude, nos étés deviennent de plus en plus chauds. Un des points majeurs de la nouvelle réglementation est l’introduction d’une exigence spécifique pour le confort d’été.
  • RE2020 progressive : l’entrée en vigueur de la RE2020 est prévue pour l’été 2021 mais prévoit une hausse des exigences en 2024, 2027 puis 2030.
  • Label d’état : prévu pour le 2nd semestre 2021, ce label permet d’anticiper la hausse des exigences de la RE2020 par les maîtres d’ouvrage et d’entrer dans une démarche plus stricte que la réglementation.

Tout permis de construire déposé dès l’été 2021 pour les logements, les bureaux et bâtiments d’enseignements seront concernés par la RE2020. Quant aux autres bâtiments tertiaires (entrepôts, …), un volet ultérieur de la réglementation sera mis en place vers l’été 2022.

La RE2020 sera publiée dans sa version définitive d’ici la fin du 1er trimestre 2021, laissant un temps d’appropriation et d’organisation aux différentes filières du bâtiment.

 

Attention : la réglementation et l’obtention d’un label ne sont pas une fin en soi. La préservation de la biodiversité et le bien-être doivent être les vraies questions.

3. Chauffage : un positionnement fort

Le gouvernement impose une nouvelle directive forte en matière de chauffage et veut supprimer les énergies fossiles dès 2024. L’application de la RE2020 sera progressive, avec notamment, à partir de 2021, un seuil maximal d’émission carbone fixé à :

  • 4 kgCO2/m²/an pour la maison individuelle excluant les systèmes ayant uniquement recours au gaz.

« Alors qu’une maison moyenne existante chauffée au gaz émet près de 5 tonnes de CO2/an, la même maison aux normes RE2020 émettra moins de 0,5 tonne, soit 10 fois moins ! Si l’on prend un équivalent en kilomètres parcourus en voiture, c’est 40000km dans un cas, moins de 4000km dans l’autre » 

  •  14kgCO2//m²/an pour les logements collectifs, rendant encore possible l’installation d’un chauffage au gaz, avant d’être revu à 6 kgCO2/m²/an en 2024.

4. Le recours à la chaleur renouvelable

Un seuil maximal de consommation d’énergie primaire non renouvelable sera enfin défini et systématisera le recours à la chaleur renouvelable. Par ailleurs, le Gouvernement réaffirme sa volonté d’empêcher le retour massif du radiateur électrique (convecteur à effet joule).

5. Un besoin bioclimatique plus exigent et confort d’été

Dès 2021, l’exigence portant sur le besoin bioclimatique (Bbio) sera réduit de 30% par rapport à la RT2012 pour les logements collectifs et individuels. Pour rappel, le besoin bioclimatique est le besoin en énergie des composantes liées à la conception du bâti : chauffage, refroidissement et éclairage artificiel.

Un indicateur de confort d’été sera également instauré dans la RE2020 et s’exprimera en degré heure (DH). Celui-ci correspondra au nombre d’heures dans l’année durant lesquelles le bâtiment dépasserait le seuil de 28°C le jour.

Pour ménager la transition vers des constructions bas-carbone, la réglementation fixera un seuil maximal de 1 250 DH ; seuil correspondant à “une période de 25 jours durant laquelle le logement serait continument à 30°C le jour et 28°C la nuit”. Un seuil bas à 350DH viendra également fixer la limite à partir de laquelle des pénalités forfaitaires s’appliqueront dans le calcul de la performance énergétique.

A noter : les calculs seront modulés en zone climatique chaude.

6. Stocker le carbone… via l’analyse du cycle de vie et les matériaux

Encourager le stockage du carbone via les matériaux biosourcés et des produits plus vertueux, tel est le pari de la RE2020 ! L’analyse du cycle de vie (ACV) « dynamique » permet à ce titre de valoriser le stockage temporaire du carbone à travers ces matériaux, et s’intéresse à la quantité de CO2 restitué en fin de vie. La philosophie de la réglementation étant de diminuer l’impact carbone du bâtiment, on attribuera une plus grande attention au carbone émis aujourd’hui qu’au carbone pouvant être émis ultérieurement.

Cette approche favorise ainsi les matériaux peu émetteurs lors de leur fabrication et capables de stocker le carbone dans les bâtiments, tels que le bois (matériau biosourcé). Toutefois, on notera ici une logique de résultats incitant l’innovation en termes de mixité des matériaux : bois / béton bas carbone, par exemple.

Outre l’ACV dynamique, un autre indicateur verra le jour à titre indicatif : le stockage carbone nous informant du taux de recours à la biomasse.

7. Que garde-t-on de l’expérimentation E+C- ?

Lancée en 2016, l’expérimentation E+C- avait pour objectif de représenter les fondations principales de la RE2020 et ainsi généraliser le bâtiment à énergie positive (Bépos) et la diminution du poids carbone du bâtiment (ACV statique). Mais suite aux annonces gouvernementales, certains jugent un manque de prise en compte des retours d’expérience de l’expérimentation E+C- dans la nouvelle réglementation.

Force est de constater que l’objectif Bépos ne figure pas parmi les projets de la RE2020. Quant à l’installation de panneaux solaires sur les bâtiments, cela ne semble pas être non plus une évolution prioritaire.

8. Et la qualité de l’air dans tout ça ?

Il n’existe à ce jour aucune définition précise d’un air de qualité ou du moins « respirable ». Et malheureusement, la qualité de l’air est un sujet qui peine encore à percer malgré l’ampleur des enjeux pour la santé de tous, des plus jeunes et moins jeunes, et sur toute la surface de la Terre.

Pourtant, on sait que la qualité de l’air intérieur est 5 à 8 fois plus polluée que l’air extérieur et que la pollution tue plus de 400 000 européens chaque année. Et les chiffres ne s’arrêtent pas là : plus de 8 millions de personnes décédées chaque année à cause d’une mauvaise qualité de l’air, dont 4,2 millions de vies prises en raison d’une mauvaise qualité de l’air intérieur et 3,8 millions à cause de la pollution extérieure.

La France n’échappe pas à ce bilan puisque Bruxelles a renvoyé la France devant la justice de l’Union Européenne pour « non-respect de son obligation de protection des citoyens contre la mauvaise qualité de l’air » selon un communiqué publié vendredi 30 octobre.

Le bâtiment, étant un pollueur considérable, permettrait non seulement de protéger l’environnement en réduisant son empreinte carbone mais une de ses missions principales, ne l’oublions pas, est également de garantir la santé de ses occupants. L’équipe OXIVI verrait bien de nouveaux points relatifs à la qualité de l’air proposés et faisant partie intégrante des futures réglementations environnementales.