Syndrome du bâtiment malsain (sbm) : le comprendre et identifier les risques !

Tout le monde n’a pas la chance de travailler et de vivre dans un lieu sain. Certains se plaignent parfois de maux de tête, d’étourdissements, ou d’avoir les yeux secs. S’il peut y avoir une cause psychologique, le bâtiment lui-même peut aussi en être à l’origine !

Bien souvent inconnu des personnes, le syndrome du bâtiment malsain s’est pourtant bien imposé dans le domaine de la santé environnementale et de la santé au travail.

1. Qu’est-ce que le Syndrome du Bâtiment malsain (SBM) ?

Le syndrome du bâtiment malsain (SBM) ou « Sick Building Syndrome” (SBS) est aujourd’hui connu comme un ensemble de symptômes inexpliqués ressentis par un occupant au sein d’un bâtiment public (écoles, bureaux,…). Ces symptômes ont longtemps été liés à des causes uniquement psychologiques sans aborder l’influence environnementale.

Il est désormais reconnu que le syndrome du bâtiment malsain implique une affection au niveau du système respiratoire, du système nerveux central ou encore au niveau des muqueuses ou de la peau. Rassurez-vous, ces symptômes sont généralement bénins !

Syndrôme du bâtiment malsain

1.1. La grande histoire du syndrome malsain

Jusqu’à la fin des années 1970, les symptômes de mal-être intérieur étaient associés à une cause psychologique. Le syndrome du bâtiment malsain tel qu’on le connaît aujourd’hui était perçu comme un cas d’ « hystérie collective », d’ « hystérie de masse » ou encore d’ « hystérie épidémique ». En d’autres termes, on ne savait pas encore ce que c’était !

A partir des années 1980, les travaux de Michael Colligan donnent un nouvel angle de vue. Les approches psychologiques deviennent alors un facteur du SBM indépendant des recherches environnementales et complémentaire de la toxicologie et de l’épidémiologie.

1.2. Les débuts de définition du SBM

C’est plus précisément en 1983 qu’un groupe d’experts de l’OMS définit le syndrome du bâtiment malsain comme une « combinaison de symptômes atypiques incluant céphalées, fatigue, irritation des yeux et des narines, sécheresse de la peau, troubles de concentration chez les personnes travaillant dans des lieux confinés ».

Parce qu’on pensait que la cause des symptômes étaient psychologiques, les études environnementales étaient considérées coûteuses et inutiles. C’est peu à peu qu’elles feront leur chemin ; donnant naissance à la notion que nous connaissons aujourd’hui : la « pollution de l’air intérieur ».

1.3. Le tournant du SBM !

1997 marque un tournant. Des critères spécifiques au syndrome psychogène sont définis, permettant de diagnostiquer et différencier l’aspect psychologique de l’impact de l’environnement sur une personne. Mais cette approche trouve ses limites dans son incitation à limiter les investigations des causes environnementales.

Heureusement, les connaissances sur le sujet ont évolué et permettent aujourd’hui que le syndrome du bâtiment malsain soit reconnu comme une multiplicité de facteurs à l’origine d’affections variées.

Plus d’un tiers des entrepôts et bureaux, neufs ou rénovés, retiennent à l’intérieur des polluants de l’air suffisamment toxiques pour augmenter l’absentéisme chez les employés de 20%.

1.4. Lieux concernés par le SBM

Tous les bâtiments sont concernés ! Que ce soit sur le lieu de travail, chez soi, à l’hôpital, à la gare, au musée ou dans un entrepôt. Qui n’a pas été au moins une fois concerné par le syndrome des yeux secs, par des maux de tête ou une fatigue inexpliqués ?

Les matériaux, les colles, l’humidité excessive, la mauvaise ventilation ou son absence sont autant de facteurs pouvant influer sur la dégradation de la qualité de l’air intérieur. La situation se dégrade d’autant plus quand les occupants ne prennent pas le soin d’aérer : une condition essentielle pour respirer un air nouveau !

Le syndrome du bâtiment malsain s’associe donc autant aux bâtiments neufs qu’aux bâtiments anciens dans lesquels l’air serait mal renouvelé. Toutefois, on constaterait ce syndrome notamment sur les bâtiments récents dont l’étanchéité est nettement plus renforcée que sur les anciens bâtiments.

2. Le BRI : building-related illness

En comparaison avec le SBM, le BRI prend en compte les maladies pouvant avoir un lien avec le bâtiment lui-même ou un environnement spécifique. Celles qu’on connaît le mieux sont les maladies oncologiques liées au radon et à l’amiante, les allergies liées aux acariens et moisissures, ou les infections liées à la légionellose pulmonaire.
  • Le radon
  • L’amiante
  • Les acariens
  • Les moisissures
  • La légionellose

3. Causes & risques du bâtiment malsain

3.1. En quoi la qualité de l'air intérieur est-elle importante ?

Notre santé ne dépend pas que de notre constitution, de nos comportements ou encore de notre génétique. Elle dépend bel et bien de notre environnement, et donc, de la qualité de l’air. A titre d’exemple, plus de 90% de personnes respirent un air pollué dans le monde. (OMS, 2018)

Et ce n’est pas tout ! L’air intérieur est un enjeu de santé particulièrement préoccupant. Constitué de 30% à 70% de l’air extérieur, nos actions contribuent fortement à sa détérioration : cuisson, bougies, encens, cigarette, peinture, etc.

3.2. Effets sur la santé

Conception bioclimatique - Maison passive

La pollution de l’air coûte jusqu’à 100 milliards d’euros par an d’après la commission d’enquête du Sénat et causerait plus de 48 000 décès prématurés par an d’après l’Agence Nationale de la Santé Publique.

L’exposition à la pollution de l’air cause effectivement, ou exacerbe, les maladies : maladies pulmonaires obstructives chroniques, infarctus, accidents vasculaires cérébraux (A.V.C.), cancer du poumon, diabète de type 2, pneumonie, etc.

Difficile, donc, d’ignorer ses conséquences ! Réduire la pollution permettrait de sauver de nombreuses vies, de réduire les coûts des soins de santé et d’absence en entreprises autant que diminuer notre impact environnemental.

Chiffres clés
  • 34% des locaux tertiaires en France ne sont pas équipés d’un dispositif de ventilation et de traitement de l’air,soit 1 bureau sur 2 et 3 salles de classe sur 5. (Étude air.h – Installation de ventilation dans l’existant : enjeux et propositions d’amélioration à travers les diagnostics, 2007.)
  • Pneumonie : 45% des décès d’enfants de moins de 5 ans est liée à l’exposition à la pollution de l’air intérieur. (OMS, 2019)
  • V.C. : 12% des décès liés aux A.V.C. peut être attribué à une exposition chronique aux polluants de l’air intérieur pendant la cuisson d’aliments à l’aide de combustibles solides et au kérosène. (OMS, 2019)
  • « 12% de tous les décès dus aux accidents vasculaires cérébraux peut être attribué à une exposition chronique aux polluants rejetés dans l’air intérieur lors de la cuisson d’aliments à l’aide de combustibles solides et au kérosène. » (OMS, 2019)

3.3. Les risques d’une pollution de l’air à base de particules et de gaz

pollution
La combustion du charbon, diesel, essence, bois, etc. créé dans l’atmosphère de nombreux gaz. Parmi les plus connus, on retrouve :
  • le dioxyde de carbone (CO2)issu des éruptions volcaniques, de la respiration, des incendies de forêts, …
Et les plus toxiques :
  • Les oxydes d’azote (NOx)issues des combustions (gazinière, chauffage au bois, fumée de tabac, chauffe-eau gaz,…)
  • Le dioxyde de soufre (SO2)issu du charbon et du fioul.
  • Ou le monoxyde de carbone (CO)issu de la fumée de tabac ou encore des appareils de chauffage et de production d’eau chaude par combustion, mal entretenus ou peu performants.

Sans compter les particules de carbone noir, les particules de dioxines, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et autres polluants organiques persistants (POP) ou le benzène.

D’autres facteurs comme l’agriculture, l’industrie et le trafic routier représentent également de grandes sources de pollution et rejettent d’autres particules de composés chimiques. Celles dont on parle régulièrement sont les particules fines (PM pour particulate matter) car reconnues dangereuses et notamment cancérogènes pour l’humain. Elles ont la particularité de s’infiltrer dans nos poumons et peuvent aller jusqu’à pénétrer nos cellules.

En bref, autant de particules et de gaz qui s’infiltrent chez nous, au travail, dans les écoles, et profitent de toutes les entrées possibles (système de ventilation, portes, cheminées, …) pour nous nuire.

4. Les différentes sources possibles de pollution associées au SBM

Une des causes majeures du syndrome du bâtiment malsain est inévitablement la mauvaise qualité de l’air intérieur. Il suffit effectivement de s’intéresser de plus près au problème multifactoriel pour le comprendre :

4.1. Les matériaux

Les matériaux utilisés dans la construction ou la rénovation même du bâtiment peuvent être à l’origine du SBM. Certains rejettent effectivement dans l’air des composés qui peuvent s’avérer être allergènes, irritants voire toxiques pour la santé.

4.2. La VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée)

La VMC est essentielle pour assurer un air de qualité à l’intérieur d’un bâtiment ! Elle fonctionne de telle manière à extraire l’air vicié (pollué) et l’humidité des pièces à pollution spécifique (salles de bains, toilettes et cuisines) puis à les évacuer vers l’extérieur par ses gaines. L’air nouveau est finalement réintroduit grâce aux entrées d’air.

Ce principe reste général. C’est sa présence (ou son absence), son type et son entretien qui déterminent la qualité du taux de renouvellement d’air, la différence de pression avec l’extérieur et l’impact plus ou moins important sur le transfert de polluants extérieurs vers l’intérieur.

Par exemple, selon une étude de l’ANSES (2019), un système de ventilation par insufflation (VMI) minimiserait l’infiltration de polluants extérieurs.

Ventilation Mécanique Contrôlée

En cas de mauvais entretien de la VMC, les filtres qui d’origine sont censés filtrer la pollution, relâcheront les poussières et particules qui ne passent pas habituellement. Sans une bonne ventilation, l’humidité est également mal évacuée et cause l’apparition de champignons et moisissures dans les pièces humides pouvant causer des réactions allergiques et asthmatiques.

4.3. Le matériel électrique

Certains matériels électriques de bureau dégradent notre qualité de l’air intérieur. Par exemple, les photocopieuses de type laser émettent des COV, des particules (PM10) et de l’ozone lors de leur fonctionnement. C’est la chaleur ainsi que les plastiques utilisés et les circuits imprimés qui favorisent l’émission de toluène, d’éthylbenzène et de styrène.

4.4. Un éclairage artificiel de mauvaise qualité

Un éclairage artificiel de mauvaise qualité, inapproprié ou mal orienté, voire l’absence complète de lumière naturelle du soleil sont autant de facteurs influençant notre confort en intérieur !

Entre la baisse d’acuité, les yeux qui piquent, les sensations d’œil sec et nos mauvaises postures, un écran d’ordinateur nous fatigue inévitablement. Si l’on rajoute à ces facteurs un éclairage artificiel insuffisant, s’en suivent très souvent des maux de tête et donc une influence directe sur notre qualité de travail.

4.5. Zone géographique, une pollution extérieure ciblée 

En fonction du lieu où on se trouve, les éléments extérieurs peuvent très fortement venir influencer la qualité de notre air intérieur. En effet, l’air intérieur ne sera pas le même en fonction de si on se trouve à côté d’une zone dense en trafic (particules, fumées diesel, …) ou si on se situe près d’une zone géographique spécifique impliquant la présence de pollens ou allergènes environnementaux.

D’autres exemples peuvent être cités, tels que les sites industriels, les parkings de véhicules, les chantiers de construction, les terres agricoles…

4.6. L’étanchéité à l’air 

L’étanchéité à l’air d’un bâtiment se caractérise par des infiltrations d’air parasites à l’intérieur du dit-bâtiment. C’est-à-dire que, lorsque la paroi est non étanche, elle laisse entrer de l’air et donc des polluants extérieurs à l’intérieur. Les occupants peuvent alors se plaindre de sensation d’inconfort, de surconsommation énergétique et de bruits provenant de l’extérieur.

Heureusement, la réglementation thermique 2012 (RT2012) impose des exigences en termes de perméabilité à l’air du bâti auxquelles répondent les nouvelles constructions.

4.7. Le cas particulier de la cheminée

On le sait tous : la cheminée est un passeport rapide d’échange avec l’extérieur. Même si on adore sa chaleur réconfortante en hiver, des résidus issus de la combustion viennent polluer notre chez nous : CO, benzène, particules, SO2, NO2.

4.8. L'inévitable pollution à la cigarette

Une cigarette contient plus de 3 000 substances dangereuses et polluantes pour l’air intérieur. Alors, lorsqu’on fume, on ne se met pas à la fenêtre pour éviter qu’une partie re-rentre dans le logement et on se tient loin des fenêtres et portes lorsqu’on fume à l’extérieur. 

Bibliographie

RAPPORT : Étude air.h – Installation de ventilation dans l’existant : enjeux et propositions d’amélioration à travers les diagnostics, 2007.

RAPPORT : ANSES, Mai 2019, Caractérisation des transferts de pollution de l’air extérieur vers l’intérieur des bâtiments

PUBLICATION : Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 2019, Pollution de l’air intérieur des habitations et la santé

LIVRE : Clara Delpas, 2019, Pollution intérieure, préservez votre santé

SYNTHESE : ANSES, Yannick BARTHE et Catherine RÉMY Centre de sociologie de l’innovation (CNRS-Mines ParisTech), 2009-2012, Incertitudes et enquêtes profanes. Le cas du syndrome du bâtiment malsain. N°2009-1-27

INFOGRAPHIE : Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, 2019, Mieux respirer, c’est ça l’idée !

RAPPORT : Abdelkrim Zeghnoun, Frédéric Dor, Département santé environnement (DSE), Institut de veille sanitaire (InVS), Anthony Grégoire, Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), Description du budget espace-temps et estimation de l’exposition de la population française dans son logement, Publié le 01 octobre 2010